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Une des réponses qui aurait dû émerger

Une des réponses qui aurait dû émerger

En tant qu'élus nous avons le devoir d'impulser et de normaliser la pratique de l'euskara dans notre ville, axe central du plan d'action de la politique linguistique que nous avions élaboré dans lequel toutes les mesures sont déclinées. Il ne s'agit pas de laisser cette lourde mission à la seule responsabilité et conscience individuelles des euskaldun.

07 Février 2018 | LORE ARISTIZABAL ANDIAZABAL

Comme il arrive parfois pour d'autres sujets d'accorder un temps de parole important, je vais ce soir le prendre pour vous faire part de ma réflexion.

Vous remarquerez que ma prise de parole est en français, non pas à cause de vos remarques ou articles, mais parce que je veux m'assurer que ce que je dis sera bien compris par tous vu qu'à priori il faut passer par là!

"Au Pays Basque c’est en langue Basque
Que nous voulons parler et nous divertir, 
Travailler et vivre en langue Basque, 
Et nous nous y dirigeons! 
Et voilà qu’il est l’heure
De perdre ou de gagner cette bataille. 
Ouvrez les chemins et les airs 
Pour que notre langue respire 
Et voilà qu’il est l’heure 
De perdre ou de gagner cette bataille."

Ça vous parle peut être... il s'agit là de paroles que vous devez sûrement chanter lors de repas festifs... et oui la chanson Euskal Herrian Euskaraz !

Vous êtes-vous déjà posé la question du sens et de la portée de ses paroles ?

Je ne pense pas au vu de ce qui a pu se dire lors du dernier CM et des réactions qui en ont suivi par e-mail, dont je vais taire le contenu tellement les propos sont désolant, irrespectueux et méprisant.

C'est une grande déception pour moi de constater la lecture qui peut aujourd'hui encore être faite au sujet de l'euskara, et les réactions qui en découlent. Un petit exemple : au contraire de ce que vous écrivez dans votre article lorsque vous parlez de ma prise de parole en bilingue suite à celle de If, je ne fais pas ces traductions " naturellement " : vous devez prendre conscience que c'est en permanence que le droit de nous exprimer dans notre langue est bafoué, et que lorsque après mainte bataille il nous l'est accordé, il nous faut quand même le traduire à l'oral comme à l'écrit. Donc " naturel " comme vous le dites ça ne l'est pas : cela représente beaucoup de temps, c'est un effort au quotidien, et effort qui n'est fait que dans un sens. Car vous qui parlez de " terre natale ", de " Pays Basque si cher à vos cœurs ", pourquoi ne faites-vous pas la démarche de l'apprendre ? Pourquoi vous mettez-vous sur la défensive dès que la question du respect de l'euskara est posée sur la table ? De quoi avez-vous peur ?

Au lieu de vous offusquer dès la première prise de parole uniquement en langue basque et de dénoncer cela publiquement en allant jusqu'à parler d'un caractère discriminatoire, vous auriez dû vous poser les questions suivantes :

  • pourquoi un élu qui jusque-là a toujours traduit ses interventions l'a faite uniquement en euskara?
  • Les droits d'expression sont-ils égaux? Sachant que toutes les prises de parole faites uniquement en français sont traduites en euskara dans le procès-verbal, comment est-il possible d’envisager qu'une intervention qui n'a été faite qu'en euskara ne sera pas traduite en français?
  • La diversité identitaire, culturelle et linguistique dans sa dimension humaine est-elle respectée?
  • Là où vous exprimez un malaise à ne pas avoir compris cette prise de parole, vous est-il arrivé de vous demander comment nous bascophone vivons cette situation où " naturellement " nous ne pouvons pas nous exprimer en euskara car il nous faut systématiquement tout traduire? Vous êtes-vous demandé ce que ça fait de prendre la parole en euskara et d’avoir très peu de personne qui vous regarde étant dans l’attente de la traduction? Vous êtes-vous déjà interrogé sur la raison qui fait que lorsque dans un groupe où tout le monde parle en euskara sauf une personne le français doit primer, sans quoi nous passons pour des extrémistes?
  • De cette prise de parole seulement en euskara et des échanges qui en ont suivi, une seule question aurait dû être posée : comment faire pour respecter les droits linguistiques de tous ? Que faudrait-il faire pour répondre aux attentes et convictions de tout un chacun?

Et au lieu de se tirer dans les pattes, une des réponses qui aurait dû émerger " naturellement " aurait dû être la traduction simultanée des CM.

Certains me diront " mais il y a des avancées : tous les documents sont traduits dans les deux langues, il est donné le droit de s'exprimer en langue basque si la traduction est faite, les plans de formation des employés et des élus sont mis en place, nous allons planter un verger de l'euskara pour soutenir l'ouverture du nouveau lycée Etxepare ". Effectivement c'est mieux qu'avant mais cela ne suffit pas au vu de la situation linguistique et démographique que vit notre pays : les dernières enquêtes ont mis en évidence une augmentation de l'apprentissage et de la pratique de la langue basque (ce qui en soi est un point fort) mais cette augmentation n’apparaît pas sur le chiffre total tellement elle est noyée par l'augmentation de la population francophone.

En tant qu'élus nous avons le devoir d'impulser et de normaliser la pratique de l'euskara dans notre ville, axe central du plan d'action de la politique linguistique que nous avions élaboré dans lequel toutes les mesures sont déclinées. Il ne s'agit pas de laisser cette lourde mission à la seule responsabilité et conscience individuelles des euskaldun. Un exemple concret vient de notre ville jumelée, Tolosa, qui en 30 ans a vu une augmentation importante de la pratique de l'euskara grâce au plan d'action mis en place par la commune avec la collaboration de différentes associations impliquées pour arriver à 80% de la population qui le parle. Mais là encore il ne s'agit pas de s'endormir sur ses lauriers car le dernier bilan note à nouveau une baisse de la pratique de l'euskara, et c'est rapidement qu'un plan d'action socio-linguistique est de nouveau mis en place pour relancer une dynamique de sensibilisation auprès des tolosars mais aussi de toutes les institutions, commerces, etc.

En tant qu'élus nous nous devons d'"ouvrir et d'élargir les chemins pour permettre à tous ceux qui le souhaitent de parler, se divertir, travailler et vivre en langue basque"... Le vrai enjeu il est là, à savoir considérer l'euskara comme une langue à part entière et normaliser son utilisation en laissant libre chaque uztariztar de s'exprimer dans la langue de son choix, et dans le respect de ce choix!

Je finirai cette prise de parole par là où je l’ai commencée, à savoir la traduction du dernier couplet de la chanson EHE:

"Un Pays Basque qui parle le Basque 
Ce jour viendra 
Avant que la patience 
Ne nous abandonne 
Ne sais-tu pas 
Ce qui fait de nous des Basques?
Ce que serait le Pays Basque 
S’il perdait sa langue? 
Sais-tu que la langue Basque 
Est justement ce qui fait de nous des Basque?"

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