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Opinion

Le maire, les noms de rue et la diversité culturelle

Le maire, les noms de rue et la diversité culturelle

Une manifestation a eu lieu le 14 septembre dans le Finistère pour exiger des noms de rue en langue bretonne et non en français. Une affaire moins anecdotique que certains le croient.

17 Septembre 2019 | MICHEL FELTIN-PALAS

Hypothèse d'école. Nous sommes en février 2019 et, lors du Conseil de Paris, Anne Hidalgo présente les noms de trente nouvelles artères de la capitale. Particularité? Toutes les appellations choisies sont en anglais. Rue du Baker, avenue des Birds, boulevard du City Hall... Tollé, évidemment. On s'indigne, on vitupère, on accuse l'édile socialiste de trahir l'histoire de son territoire et de participer à la "colonisation anglaise des noms de lieux". Pour apaiser les esprits, la maire fait un geste: les plaques apposées seront finalement bilingues, en anglais et en français. Cela ne suffit pas. Les protestations redoublent. Des personnalités s'insurgent et lancent des appels. Une manifestation est même organisée sur les bords de Seine. Pas de quoi, pourtant, faire dévier l'édile de sa ligne de conduite. C'est même elle qui passe à l'accusation. "C'est quoi la prochaine étape? Un ouvrage sur le droit du sol et le droit du sang? Ces propos ont des relents de populisme et de nationalisme totalement honteux et contraires à ce qu'est la vraie Ile-de-France: une terre d'accueil, ouverte aux autres et sur le monde".

Réalité. Nous sommes en février 2019 et, lors du conseil municipal de Telgruc-sur-Mer, Dominique Le Pennec présente les appellations de trente nouvelles artères de cette petite commune du Finistère, dont il est le premier magistrat. Particularité? Toutes les dénominations choisies sont en français. Allée des Albatros, rue des Pélicans, impasse des Frégates... Tollé, évidemment. On proteste, on vitupère, on accuse l'édile (LREM) de trahir l'histoire de son territoire et de participer à la "colonisation française des noms de lieux". Pour apaiser les esprits, le maire fait un geste: les plaques apposées seront finalement bilingues, en français et en breton. Cela ne suffit pas. Les protestations redoublent. Des personnalités s'insurgent et lancent des appels. Une manifestation est même organisée sur une plage de la localité. Pas de quoi, pourtant, faire dévier l'édile de sa ligne de conduite. C'est même lui qui passe à l'accusation. "C'est quoi la prochaine étape? Un ouvrage sur le droit du sol et le droit du sang? Ces propos ont des relents de populisme et de nationalisme totalement honteux et contraires à ce qu'est la vraie Bretagne: une terre d'accueil, ouverte aux autres et sur le monde".

Comparaison, dira-t-on, n'est pas raison. Après tout, le français est la langue officielle de la Bretagne, ce qui n'est pas le cas de l'anglais à Paris. Certes, mais, si l'on y réfléchit bien, le processus est le même, qui consiste à couper le lien entre une population et sa langue historique, pour mieux asseoir la domination d'une autre. Imaginons que, d'ici 150 à 200 ans, l'anglais soit devenu la langue officielle de l'Union européenne. Faudrait-il pour autant accepter des appellations british dans nos rues? Ni vous ni moi ne serons encore là pour le voir, mais je parie que nos descendants le supporteraient mal. Et c'est pourquoi, de la même manière, un grand nombre de Bretons refusent le choix du maire de Telgruc - et de certains de ses collègues, car il n'est pas le seul dans ce cas.

Interrogé par L'Express, l'édile affirme pourtant ne pas comprendre la polémique. "A ce que je sache, la Bretagne est en France et je ne fais que recourir à notre langue nationale. Et je n'ai pas francisé des noms bretons puisque ces rues n'en avaient aucun!" Mieux: Dominique Le Pennec se vit comme un fervent défenseur de la culture régionale. "Je porte un patronyme breton; mon petit-fils est inscrit dans une école où il apprend le breton et je prépare l'ouverture d'une classe breton-français dans ma commune!".

Dominique Le Pennec paraît sincère. Et s'en dit persuadé: "C'est par le volontariat et non par la contrainte que l'on sauvera notre langue." Ce qu'il ne sait pas, visiblement, c'est que toute l'histoire des langues prouve le contraire. Si l'anglais, le français, l'espagnol ou l'arabe dominent aujourd'hui la planète linguistique, c'est parce que ces idiomes ont été imposés aux populations. Si une langue disparaît en moyenne tous les quinze jours sur la planète, c'est précisément parce qu'elles ne bénéficient pas de ces dispositifs contraignants que le maire finistérien juge superflus.

Appliquées à la Bretagne, les conclusions qu'en tirent les experts sont simplissimes. Et brutales. Si l'on ne compte que sur le volontariat, le breton aura disparu d'ici à la fin du siècle. Pour le sauver, il est donc indispensable de prendre des mesures en sa faveur. Sa présence dans l'espace public, et notamment sur les plaques de nos rues, en est une.

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Lettre aux Mintzalagun


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